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Van Phuc, le village qui vit de la soie

Assise dans un endroit peu éclairé, une femme fait fonctionner une bruyante machine en bois. Imperturbable, la tisseuse lit son journal, tout en restant concentrée sur l’appareil qui produira la réputée soie de Hà Dông.

Le village de la soie de Van Phuc (à Hanoi) a plus de 1.000 ans. La population locale exerce ce métier traditionnel et confectionne toutes sortes de vêtements en soie, allant des áo dài (tunique fendue traditionnelle des Vietnamiennes) aux chemises, en passant par les cravates et les pyjamas. «Il faut en moyenne deux heures pour fabriquer un foulard, et beaucoup plus longtemps pour une robe», explique une tisseuse.

Ce commerce fait vivre une grande partie de la population locale, d’autant plus que la soie de Van Phuc s’exporte dorénavant à l’étranger. Les motifs et les couleurs sont infinis. «Je trouve certains vêtements très jolis, mais je n’aimerais pas les porter sur moi», s’amuse Phan Hoài, étudiante d’une vingtaine d’années.

Pour vérifier si la soie est pure, une astuce consiste à faire brûler un petit fil du tissu : s’il se dégage une odeur de cheveu brûlé, alors c’est qu’il s’agit de véritable soie…


Le village compte une centaine de petits commerces.


Les touristes repartent très rarement les mains vides.


La machine à produire de la soie fonctionne avec un bruit assourdissant.


Le tissu est fabriqué à partir de vers à soie.


Une pagode se trouve à l’entrée du village.


Le village de Van Phuc produit la soie de Hâ Dong, réputée pour sa finesse.

Découvrir le Vietnam autrement

Les nouvelles formes de tourisme liées étroitement au contact avec les autochtones et la nature se développent au Vietnam, avec la participation des habitants locaux. Une source de revenu pour ceux-ci et pour les touristes, une découverte authentique et inoubliable du pays.

À Kon Tum (hauts plateaux du Centre), on propose aux touristes de vivre des expériences avec l’ethnie Ba Na : porter une hotte sur le dos et accompagner le propriétaire aux champs le matin, aller brûler des roseaux au flanc de la montagne l’après-midi, dormir dans la maison sur pilotis, chanter des airs folkloriques le soir, entre autres réjouissances... Le touriste n’est plus un simple contemplateur, il devient aussi un acteur de la vie locale. Ses relations avec les autochtones en sont transformées.


Les touristes étrangers se renseignent sur les procédés de fabrication des lanternes à l’ancien quartier de Hôi An, dans la province de Quang Nam (Centre).
Photo : VNP/CVN

Moins sauvage que le Tây Nguyên, la province de Quang Nam (Centre) a aussi de belles expériences de vie avec les habitants à offrir. À Hôi An, il suffit de payer 25 dollars pour vivre durant une journée la vie trépidante d’un maraîcher du village de Trà Quê, d’un pêcheur du village de Thanh Nam ou d’un fabricant de lanternes. Quant aux pêcheurs du delta du Mékong, ils se bousculent pour accompagner les touristes à la pêche, les faire participer à la vidange d’une mare. Car ces Monsieurs et Mesdames Tây (Occidentaux) adorent se retrousser les manches ou les bas de pantalons, bêcher, cueillir des légumes, fendre du bois, porter de l’eau avec une palanche, pied nus dans la terre s’il le faut ! Ce sera sûrement la plus belle expérience de leur voyage au Vietnam. En tout cas, la plus mémorable, bien plus que la visite d’une pagode.

Des circuits diversifiés

Ces dernières années, ce tour «Un jour dans la peau d’un agriculteur» a connu un bel essor dans la province de Quang Nam puis, comme une tâche d’huile, s’est répandu dans plusieurs autres localités du pays. Souvent, l’hôte et les «convives» travaillent ensemble et s’apprennent des choses mutuellement. «Les horticulteurs sont très sympas. Ici, j’ai passé de moments inoubliables et savouré le calme d’un village rural», a confié un touriste australien.

Quant aux habitants locaux, ils apprennent l’anglais pour pouvoir communiquer avec des voyageurs. La famille de Lô A Muc, au village de Ta Van Giay à Sa Pa (dans la province de Lào Cai, Nord), en est un exemple. Le temps où sa famille vivait de l’agriculture, et où ses trois enfants n’étaient pas scolarisés, est révolu. Elle vit désormais du homestay (accueil chez l’habitant local). En moyenne, chaque mois, il y a trois ou quatre groupes de touristes chez lui, et chaque voyageur donne de 50.000 à 80.000 dôngs/jour. Chaque mois, le revenu familial s’élève à environ 3 millions de dôngs. «Présenter mon village, la culture de notre ethnie aux voyageurs, les villageois comme moi en sont fiers. En plus, on gagne de l’argent. Tout le monde ici veut participer», a confié M. Muc. Nombre de paysans locaux se sont même mis à l’anglais pour pouvoir communiquer avec leurs clients.


Ces dernières années, le tour «Un jour dans la peau d’un agriculteur» a connu un bel essor dans la province de Quang Nam. Photo : Trân Tinh/VNA/CVN

Le homestay connaît un bel essor à Lào Cai, Mai Châu (à Hoà Binh), Hôi An, My Son (à Quang Nam). Véritable découverte de le intérieur d‘un pays, le homestay a de riches potentiels au Vietnam.

Ces dernières années, plusieurs agriculteurs de Sa Pa ont ouvert des compagnies de tourisme, parmi elle Vietdiscovery, de Dô Trong Nguyên, spécialisée dans le tourisme d’aventure. Sa compagnie a organisé des tours de trekking, de découverte des villages en association avec des numéros artistiques présentés par les autochtones.

Des atouts sous-exploités

Le pays recèle de nombreuses forêts par exemple à Bach Ma, Cat Tiên, Cuc Phuong... idéales pour des découvertes de la faune et de la flore. Pourtant, seuls sept voyagistes proposent des tours spécialisés dans ce domaine. Le pays a aussi d’innombrables belles plages pour le tourisme maritime, mais tout est encore sommaire. La découverte des fonds sous-marins n’est proposée que dans de rares endroits.

Selon Dang Thi Tho, responsable du voyagiste Phuong Hoàng à Hanoi : «Les besoins des touristes changent toujours, aussi les opérateurs doivent-ils élaborer de nouveaux programmes, itinéraires, de qualité. On va à la plage pour bronzer, se baigner, contempler la mer mais beaucoup de gens souhaitent aussi être actif. Pour ne pas bronzer idiot».

Bon nombre d’experts ont suggéré de mettre l’accent sur le kayak, le tourisme-conférence, le trekking, la découverte de la forêt Cat Tiên, de la grotte de Phong Nha-Ke Bàng, le parachutisme ascensionnel, le tourisme thérapeutique. Hanoitourism s’est lancé dans les tours d’aventure avec «À la découverte de la région Nord-Est».Vietnam Andu Travel lui ont emboîté le pas.

Le Tây Bac impulse le développement de l’industrie sans fumée

Coordination pour promouvoir le tourisme - moteur du développement économique de la région Tây Bac (Nord-Ouest)» est l’objectif de cette année, proposé par le Comité de pilotage du Tây Bac. 


Le plateau calcaire de Dông Van, un des très rares parcs géologiques du monde. 

Photo : Minh Tâm/VNA/CVN

Cette année marque les dix ans de l’édification et du développement du Comité de pilotage du Tây Bac. Ce dernier a choisi le sujet «Coordination pour promouvoir le tourisme - moteur du développement économique de la région Tây Bac (Nord-Ouest)» comme son objectif annuel. Cette année même, il assumera l’organisation de la conférence des Comités de pilotage du Tây Bac et Tây Nam Bô (Sud-Ouest) pour une meilleure coordination dans le tourisme.

Ce comité envisage de coopérer avec le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme pour dresser un état des lieux et proposer des mesures de promotion du tourisme local.

Le Tây Bac a des potentialités touristiques immenses. Il le doit en particulier à sa trentaine de groupes ethniques minoritaires, qui ont tous préservé leur identité culturelle. Cette ancienne terre de résistance révolutionnaire abrite des paysages époustouflants, des sites touristiques, historiques merveilleux. Le développement touristique permettra de créer des emplois, de repousser la pauvreté, d’augmenter les revenus des habitants locaux. Mais pour dynamiser son tourisme, le Tây Bac doit impérativement coopérer avec les autres régions du pays.

Malgré ses atouts, le Tây Bac est encore loin d’attirer les foules - à l’exception de Sa Pa bien sûr. En cause, des ressources humaines et infrastructures insuffisantes, le manque d’investisseurs. La région a besoin de capitaux et d’aides du gouvernement.

Cette année, le Comité de pilotage du Tây Bac envisage de renforcer l’organisation de conférences et autres colloques, en coopération avec le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme. En outre, seront organisés des forums pour inciter les investisseurs privés à injecter des fonds dans le tourisme.

Valoriser les potentialités

La région Tây Bac comprend 12 provinces (Hà Giang, Lào Cai, Yên Bai, Lai Châu, Diên Biên, Son La, Hoà Binh, Cao Bang, Bac Kan, Lang Son, Phu Tho et Tuyên Quang) et 21 districts à l’ouest des provinces de Thanh Hoa et Nghê An. Couvrant 28% de la superficie du pays, le Tây Bac compte 11 millions d’habitants. Base de résistance durant la guerre, elle a un rôle stratégique, particulièrement en matière socio-économique et de défense. Ses richesses ne sont pas seulement culturelles, mais aussi naturelles avec ses nombreuses zones protégées qui abritent une faune et une flore que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le pays.


Un marché de la brocatelle, le trait le plus caractéristique de la région montagneuse Nord-Ouest. Photo : Thanh Tùng/VNA/CVN

En plus du tourisme, le Tây Bac regorge de potentialités dans l’agriculture, la sylviculture, l’hydroélectricité et l’exploitation minière. Le développement de la région est l’aspiration de tous ses habitants et aussi une tâche importante pour l’œuvre d’édification et de défense du pays.

Ces dernières années, le dévelop-pement de cette région est l’objet de l’attention particulière du gouvernement. La croissance de son PIB a atteint 11,16% par an durant la période 2005-2012. Le taux de pauvreté a diminué annuellement de trois à quatre points.

Malgré tout, le Tây Bac reste la région la plus pauvre du pays. L’écart de revenu avec les autres localités est notable. Les conditions de vie des habitants des zones reculées sont encore difficiles. En 2013, le revenu per capita était de 21,5 millions de dôngs, bien inférieur à la moyenne nationale. En outre, la coordination entre ses provinces, le Tây Bac et les autres régions reste limitée.

Depuis 2009, le Comité de pilotage s’est concentré sur le renforcement de la direction, des contrôles de l’exécution des directives, arrêtés et l’élaboration de programmes et projets. L’accent a été mis sur l’investissement dans les infrastructures, les ressources humaines ainsi que la lutte contre la pauvreté.

Chaque année, le Comité de pilotage définit un thème d’action. En 2011, il s’agissait du «Renforcement des compétences des cadres d’ethnie H’Mông au sein du système politique de base des communes importantes du Tây Bac». En 2012, du «Développement de la circulation de la région Tây Bac». En coopération avec le ministère des Communications et des Transports, ce comité a élaboré cette année-là un plan de développement des infrastructures de circulation à l’horizon 2015. En 2013, il s’agissait de la «Promotion de l’investissement et du bien-être social». Le Comité de pilotage a organisé deux conférences : «Promotion de l’investissement et bien-être social dans la province de Tuyên Quang» et «Amélioration de l’environnement d’investissement, du commerce et attrait des projets d’aides publiques pour le développement et des ONG dans la province de Phu Tho».

Au cœur des activités figurent toujours la lutte contre la pauvreté et la précarité, une priorité pour laquelle ledit comité cherche toujours à solliciter la participation des entreprises, des investisseurs privés et des localités.

Le Festival de Huê propose des fêtes de musique traditionnelle

Le Festival de Huê 2014 qui a lieu dans la province de Thua Thien-Huê (Centre) a offert aux visiteurs des fêtes de musique traditionnelle.

La fête musicale intitulée "Âm sac Viêt" (Timbre Viêt) a eu lieu le soir du 16 avril au palais Diên Tho dans le vestige Dai Nôi (Grand Intérieur) de la ville de Huê.

Les artistes ont joué des morceaux de chant de Huê et de ca trù (chants des courtisanes), tandis que ceux de Hanoi et de Hô Chi Minh-Ville ont interprété des chansons folkloriques du Nord et du Sud, notamment du don ca tài tu (chant des amateurs de la région du Sud).


La fête musicale intitulée "Âm sac Viêt" (Timbre Viet) a eu lieu le soir du 16 avril au palais Diên Tho (Reine-Mère) dans le vestige Dai Nôi (Grand Intérieur) de la ville de Huê (Centre). Photo : Anh Tuân/VNA/CVN

L'air était rempli des mélodies du hat xoan (chant printanier), un genre de Phu Tho, du quan ho (chant alterné) de la région du Kinh Bac, la partie Nord de l'ancienne capitale de Thang Long, un espace culturel des gongs avec des danses et chants du Tây Nguyên (hauts plateaux du Centre).

Simultanément, la fête "Timbre de Huong Binh", qui a eu lieu le même jour dans la cour Nghinh Luong Dinh, a mis en valeur le chant de Huê, un genre artistique qui allie styles impérial et folklorique, donnant une identité particulière à la culture de Huê.

Le public a eu l'opportunité de profiter des talents de nombreux artistes, notamment de la voix de Thanh Tâm qui, âgé de 70 ans, a passé toute sa vie à se consacrer à ce style.

Le programme s'est conclu par un lâcher de lanternes fleuries flottantes sur la rivière des Parfums, qui accompagne généralement les chants de Huê.

Ce festival bisannuel, qui a lieu du 12 au 20 avril, affirme de plus en plus les valeurs caractéristiques de Huê, surnommée "la ville des festivals" du pays. Au programme, des fêtes impériales, une fête de l'ao dài (tunique traditionnelle des Vietnamiennes), des cérémonies sacrées dédiées au Ciel et à la Terre, des expositions artistiques, de la calligraphie, des arts de rue, des concerts, des cerfs-volants, etc.

En marge de Diên Biên Phu : Nous autres Puôc

Diên Biên Phu est le site de la première victoire d’un pays colonisé sur un pays colonisateur. Aujourd’hui, il est placé sous la tutelle administrative de la province de Diên Biên qui compte beaucoup de groupes ethniques minoritaires, dont les Puôc.

Le nom Diên Biên Phu a fait le tour du monde. Il figure dans les dictionnaires usuels d’un grand nombre de pays. Le Petit Larousse, par exemple, parle ainsi de la bataille de Diên Biên Phu : «13 mars - 7 mai 1954 : défaite française pour le Viêt-minh dans le haut Tonkin, suivie par les Accords de Genève, elle marque la fin de la guerre d’Indochine». Parmi les groupes ethniques minoritaires à Diên Biên, le groupe majoritaire est constitué par les Thai qui prédominent d’ailleurs dans le Tây Bac (Nord-Ouest) montagneux. L’un des groupes les moins nombreux, celui de Puôc, mérite d’être mieux connu des peuples frères du Vietnam et de retenir l’attention des ethnographes.

Une population de 23.000 personnes

Selon les recensements démographiques en 2009, les Puôc, au début appelé Xinh Mun, Xa ou Pua, comptent 23.278 personnes, présentes dans 22 des 63 villes et provinces. Ils appartiennent au groupe ethnolinguistique austro asiatique (Môn-Khmer). Ils comportent deux branches : les Dza et les Nghet. Ils habitent majoritaiement dans trois provinces Diên Biên, Lai Châu et Son La, régions à proximité de la frontière Vietnam-Laos et traversée par la rivière Noire.


Des vétérans vietnamiens visitent en mars dernier la colline A1, une des positions militaires les plus fortifiées dans la bataille de Diên Biên Phu en mai 1954.
Photo : VNA/CVN

Leurs hameaux qui regroupent chacun une dizaine de foyers sont disséminés dans l’enceinte des villages Thai. Les maisons des Puôc, paillotes sur pilotis, sont caractérisées par leur toit bombé rappelant une carapace de tortue. L’agriculture reste en partie primitive. Beaucoup de foyers pratiquent encore le rây (la culture sur brûlis) cultivant le maïs, le riz et le cotonnier. On emploie des instruments rudimentaires, même le houx et le bâton pour creuser des trous d’ensemencement.

La famille des Puôc est patrilinéaire, monogamique. Le marié doit habiter chez sa femme de six à huit ans pour servir sa belle famille avant de revenir chez lui avec se femme. Les femmes accouchent, accroupies près de l’âtre. Le cordon ombilical est mis dans un tube de bambou qu’on suspend en cachette à un arbre dans la forêt. Quand une personne est morte, on tire un coup de fusil pour annoncer son décès à tout le village. Un garçon de la famille jette trois cailloux de l’âtre sur l’autel des ancêtres pour exprimer la colère de Génie du Foyer à cause de la perte d’un de ses sujets. Le corps du mort est lavé avec une décoction d’herbes odorantes. On met quelques sapèques dans sa bouche, pour son voyage dans l’au-delà.

Animisme et polythéisme

La vie spirituelle des Puôc est marquée par l’animisme et le polythéisme. Le principal culte est réservé aux ancêtres, de deux générations, parents et grands-parents. Les ascendants à partir des arrières grands-parents sont devenus les esprits du rây et du hameau. L’autel des ancêtres occupe le coin d’honneur de la maison. Près de là, dans la cour, on dresse une petite case abritant l’autel des ancêtres de la belle famille.


Les Puôc appelé aussi Xinh Mun, Xa ou Pua, comptent 23.278 personnes, présentes dans 22 des 63 villes et provinces. Photo : CTV/CVN

Au temps de la colonisation française, le Puôc était le paria des parias. Menacé d’extinction par le colonisateur français, méprisé par les peuples frères, le peuple Puôc a été sauvé par la Révolution d’Août 1945 dirigée par l’Oncle Hô (1) qui avait libéré le pays et lui a rendu sa dignité. Depuis le gouvernement s’est efforcé de liquider l’arriération mais les progrès sont lents à cause des difficultés économiques nationales, de son isolement, de 30 ans de guerre et surtout des préjugés millénaires. Quoi qu’il en soit les Puôc, aux côtés d’autres minorités ethniques du Nord-Ouest ont participé avec enthousiasme à la guérilla contre l’offensive française, préparant le terrain pour Diên Biên Phu.

Nous publions ci-dessous un poème de cette époque écrit par un Puôc inconnu (traduction de notre regretté ami Georges Boudarel) :

Nous autres Puôc

Qui prétend que nous sommes niais,
Nous autres Puôc ?
Qui insinue perfidement
Que nous craindrions l’ennemi ?
Notre misère, notre faim,
La faute en est aux anciens chefs.
Sans coupe-coupe et sans tissu,
Comment avoir la vie facile ?
Nombreux pourtant sont chez nous
Les garçons à la flèche sûre,
Les filles à la navette habile.
Bien des gens montent dans nos hameaux
Pour des achats ou des trocs.
Notre bouche ignore les beaux discours
Tant de ruisseaux parlent pour nous !

Nos filles à nous, Puôc, n’ont pas de fleurs
Brodées dessus leurs jupes.
Leurs fleurs ce sont leurs lèvres
Et leurs yeux et leurs seins.
Que celui qui veut nous connaître
Ne craigne pas les sentiers raides.
Il entendra chez nous
Le chant des cordes et du bambou.
Etroites sont nos cases, mais vastes nos forêts.


Les filles Xinh Mun en fête. Photo : CTV/CVN


Aux jours de chasse,
Les furets et les quartiers de cerf
S’amoncellent dans nos cours.
Notre hameau de résistance
Caché en plein cœur de la jungle
L’ennemi peut venir renverser la montagne
Et raser la forêt
Jamais il n’en verra même une seule case.
Mais au retour sur son chemin nos guérilleros seront là
À l’attendre.


Pour nourrir l’Armée populaire,
Nous autres Puôc,
Nous avons plus de riz que quiconque.
L’Oncle Hô à notre tête,
Nous voilà devenus habiles,
Nous qui depuis toujours savions déjà
Faire tant et tant de choses,
Nous qui depuis toujours savions déjà
Faire tant et tant de choses. Bien autant que les Mèo !
Bien autant que les Tày !
Nous autres Puôc, nous aimons nos villages,
Et haïssons l’ennemi,
Nos mains sont patientes,
Nos cœurs pleins d’amour pour nos enfants.
À trop nous courber, le dos nous fait mal.
Le jour est venu de nous redresser.
À jamais.

Dien Bien Phu vu d’en face-Paroles de bộ đội

Publié en 2010 par les Éditions Nouveau Monde (France), Dien Bien Phu vu d’en face - Paroles de bộ đội comprend 271 pages. Cette œuvre permet de découvrir enfin Diên Biên Phu «de l’autre côté».

Plus d’un demi-siècle après la bataille de Diên Biên Phu (du 13 mars au 7 mai 1954) et pour la première fois, des témoins et combattants vietnamiens racontent. Dans le livre Dien Bien Phu vu d’en face - Paroles de bộ đội, les témoins sont de toute fonction et de tout grade. Les souvenirs du général Giap, commandant en chef des forces vietnamiennes, les paroles de simples travailleurs, infirmiers, soldats… sont restituées librement. Pour beaucoup d’anciens combattants français, l’ennemi n’avait pour visage que celui des can bô (cadres) aux discours politiques bien rodés ou ces bộ đội (soldats) endoctrinés.


Couvertures des livres +Histoires de ceux qui font l’histoire - Souvenirs de Diên Biên Phu (1954-2009)+ et +Dien Bien Phu vu d’en face - Paroles de bô đôi+. Photo : Dô Hà/CVN

Ce livre lève le voile sur une autre réalité de la vie de ces hommes et de ces femmes qui ont combattu sur le front et à l’arrière. L’ouvrage Dien Bien Phu vu d’en face - Paroles de bộ đội a été présenté à deux reprises en France par leurs auteurs. Il a aidé non seulement les historiens français, les personnes ayant vécu cette époque-là mais aussi la jeune génération qui ne connait pas cet épisode épique à avoir une vue plus claire et détaillée de cette bataille qui a changé le cours de l’histoire au Vietnam.

Une équipe de six auteurs

Dien Bien Phu vu d’en face - Paroles de bộ đội a été réalisé par une équipe de six journalistes vietnamiens, dont un ancien de Diên Biên Phu. Parmi les cinq autres auteurs, deux ont été formés au journalisme en France (à l’École supérieure de journalisme de Lille).

Monument commémoratif de la victoire de Diên Biên Phu dans la commune de Muong Phang, district de Diên Biên, province du nom éponyme.


Photo : Thanh Tùng/VNA/CVN

Selon la journaliste Dào Thanh Huyên, une des auteurs de ce recueil de témoignage, le vétéran Nguyên Xuân Mai a constitué une source d’inspiration qui a permis au groupe de parvenir à réaliser l’ouvrage. Pour elle, Dien Bien Phu vu d’en face - Paroles de bộ đội est le résumé du livre en vietnamien intitulé Chuyện những người làm nên lịch sử - Hồi ức Điện Biên Phủ (1954-2009) (Histoires de ceux qui font l’histoire - Souvenirs de Diên Biên Phu). «Ce livre en vietnamien a été publié en 2009 par les Éditions de la politique nationale au Vietnam à l’occasion de la célébration du 55e anniversaire de la victoire historique du pays», a fait savoir Dào Thanh Huyên.

Récits et souvenirs des vétérans

Si dans le livre en vietnamien l’on trouve les récits et souvenirs de 161 témoins, dans le livre en français, le nombre de témoins a été réduit à 88. «Les histoires racontées par les anciens combattants de Diên Biên Phu sont toutes intéressantes et vivantes. Mais, dans le cadre du 2e livre +Dien Bien Phu vu d’en face - Paroles de bộ đội+, nous avons été obligés de sélectionner les recits que nous pensions les plus lisibles, les plus «parlants» pour les lecteurs francais et francophones, qui ne connaissent pas forcement la bataille», a expliqué Dào Thanh Huyên. Et de rappeler que d’autres ouvrages sur cette bataille ont été publiés en France précédemment, mais uniquement du point de vue des vétérans français.

Ces deux livres confèrent au groupe d’auteurs dont un sentiment du devoir accompli. Ils ont, en quelque sorte, apporté leur pierre à l’édifice du trésor des œuvres relatant la bataille de Diên Biên Phu.

Le quêteur de lotus

Trân Bich est businessman de profession et artiste-photographe de passion. Le lotus occupe une place centrale dans son travail et il n’hésite pas à se mouiller - au sens propre - pour ramener des clichés de sa fleur favorite.

Trân Bich est né en 1946 à Nha Trang (province de Khanh Hoà, Centre). Actuellement, il vit dans l’arrondissement de Tân Binh, à Hô Chi Minh-Ville. Après avoir décroché le Bac, il se lance dans les affaires. En 2002, il débute la photographie «pour se ressourcer dans la nature après des heures de travail stressantes», confie-t-il. C’est en mars 2009, à Mui Khê Gà (Phan Thiêt, province de Binh Thuân, Centre), qu’il se prend de passion pour le lotus. Depuis, il écume les lieux où pousse cette fleur symbole de pureté et d’accomplissement spirituel. Ses pérégrinations photographiques l’ont mené des étangs autour de Hanoi jusqu’au delta du Mékong.


Trân Bich n’hésite jamais à se mouiller pour prendre des photos de lotus dans l’eau ! Photo : Trân Bich/CVN

Trân Bich se souvient du «déclic» à Mui Khê Gà : «Vues de loin, j’ai pensé que c’étaient des roses ou des tulipes. Mais quand j’ai approché, j’ai reconnu le lotus. J’ai pris beaucoup de photos et c’est ce jour-là que la passion m’a pris et ne m’a plus lâché». M. Bich estime que les liens entre la feuille et la fleur du lotus sont semblables au sentiment entre la mère et ses enfants. C’est pourquoi, dans ses œuvres, qui reflètent le cycle de vie de cette plante (de l’épanouissement au flétrissement), feuilles et fleurs coexistent souvent.

Bien qu’il ait participé à trois cours de formation au Club des photographes de Hô Chi Minh-Ville, il considère que la technique n’a qu’un rôle secondaire dans l’obtention d’un bon cliché. «Bien maîtriser la technique, la lumière, le cadrage n’est pas suffisant. Pour bien photographier un sujet, il faut d’abord être passionné. Il faut aussi analyser ses photos déjà prises et en tirer des enseignements». Il est vrai que pour passer des heures à patauger dans les marais infestés de sangsues, avec de l’eau jusqu’au cou parfois, la passion ça aide !

Trân Bich aime particulièrement ses photos de lotus prises dans un marécage de Cu Chi, un district suburbain de Hô Chi Minh-Ville. Peu de fleurs, mais aux tiges particulières. Le photographe les compare avec des victimes de l’agent orange. Bien que malformées, elles sont pleines de vie. «Le lotus, qui s’extirpe de la fange pour s’épanouir en plein air, symbolise la volonté pour surmonter les difficultés».

Quatre records nationaux

Le lotus n’est pas un sujet nouveau des photographes, bien au contraire. On pourrait même dire que c’est un des grands classiques de la photo de nature. Au Vietnam, Trân Bich est celui qui a le plus photographié cette plante. Sous toutes les coutures. Contrairement à la plupart des photographes, il ne se limite pas à la fleur épanouie dans toute sa splendeur, sujet bien trop facile. Non, il s’intéresse aussi aux autres parties de la plante, aux feuilles, aux tiges, à l’infrutescence (le fruit), et ce à toutes les saisons de l’année, même au cœur de l’hiver quand il ne reste plus que des tiges séchées.


Une œuvre de Trân Bich. Photo : Trân Bich/CVN

En quatre ans, Trân Bich a organisé 19 expositions dans diverses localités. La première en septembre 2009 à Hô Chi Minh-Ville et la plus récente de décembre 2012 à janvier 2013 aussi dans la mégapole du Sud. Toutes des expositions à but philanthropique. Près de trois milliards de dôngs ont été collectés à travers ces évènements, aidant à améliorer la vie d’orphelins, de personnes âgées et de malades en situation de précarité, de bons élèves issus de familles pauvres.

Trân Bich a reçu quatre records nationaux : photographe qui a pris les photos les plus originales sur le lotus (juillet 2011), personne qui a organisé le plus d’expositions sur cette fleur (juillet 2011), organisateur du plus grand nombre d’expositions sur le lotus à but philanthropique (septembre 2013) et photographe qui a pris le plus de photos de lotus en étant dans l’eau (mars 2014).

Ce photographe a aussi reçu de nombreux satisfecit du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, de l’Association des patrimoines culturels du Vietnam, des Comités populaires de Hô Chi Minh-Ville, de la province de Dông Thap (delta du Mékong), de la ville de Dà Lat (province de Lâm Dông, hauts plateaux du Centre), de la province de Thua Thiên-Huê (Centre).

Les marionnettes sur l’eau vont-elles séduire l’UNESCO ?

Rares sont les touristes, une fois au Vietnam, à ne pas voir une séance de marionnettes sur l’eau. L’Association vietnamienne des artistes de théâtre compte élaborer un dossier sur cet art pour le présenter à l’UNESCO.

L’«Artiste du Peuple» Lê Tiên Tho, président de l’Association vietnamienne des artistes de théâtre, a lancé l’idée d’élaborer un dossier sur l’art des marionnettes sur l’eau en vue d’une future reconnaissance par l’UNESCO en tant que patrimoine culturel de l’humanité. L’idée a été avancée lors d’un séminaire sur la «Création des numéros de marionnettes sur l’eau de valeur dans la nouvelle ère», tenu récemment à Hanoi. L’objectif, d’après Lê Tiên Tho, est de préserver et développer cet art original, spécificité vietnamienne.

Un art né de la riziculture

Le Vietnam est en effet aujourd’hui le seul pays au monde à conserver intégralement cette forme de spectacle aquatique. Il demeure alors l’héritier d’un patrimoine millénaire. Nées au XIIe siècle, les marionnettes sur l’eau étaient alors intégrées à des rites d’invocation de la pluie. Au fil des années, elles sont devenues le divertissement populaire à l’occasion du Têt traditionnel. D’après les experts, cet art se pratique partout dans le delta du fleuve Rouge et est étroitement rattaché à la vie matérielle et intellectuelle des riziculteurs.


Un numéro des marionettes sur l’eau, donné sur un étang devant la maison communale, s’ouvre sous l’explosion des pétards et rassemble les spectateurs de tout âge du village. Photo : Quy Trung/VNA/CVN

Un spectacle de marionnettes sur l’eau, produite sur une mare ou un étang situé généralement devant la maison communale, rassemble des spectateurs de tout âge du village. Le spectacle, animé par des figurines au caractère irréel et merveilleux dans la peau des personnages, s’ouvre sous l’explosion des pétards, créant une atmosphère de fête extrêmement joueuse et incitante.

Chacun de ces personnages (la marionnette) est une véritable œuvre de sculpture populaire, différent des autres et revêtu d’un caractère propre. Le personnage le plus représentatif de cet art scénique est le garçonnet replet, à la mine réjouie appelé Têu, grassouillet et toujours souriant. Il assume le rôle de prononcer le discours d’ouverture du spectacle et incarne le sens de l’humour et l’optimisme du peuple vietnamien. Sous les mains habiles des meneurs de jeu cachés derrière le rideau, les petites poupées de bois glissent sur l’eau et intèprètent des scènes de la vie quotidienne des paysans. Actuellement, les thèmes sont beaucoup élargis en franchissant les limites de la vie rurale pour aborder l’histoire nationale, voire même les contes étrangers.


Le Théâtre des marionnettes sur l’eau de Thang Long, une adresse incontournable des touristes étrangers à Hanoi. Photo : Thanh Tùng/VNA/CVN

Bien que d’apparence simple, les marionnettes sur l’eau du Vietnam disposent de mécanismes ingénieux qui exigent une manipulation habile et complexe. Chaque région du delta du fleuve Rouge garde en secret les techniques de fabrication et de manipulation des figurines.

Réputation mondiale

Depuis les années 1990, les marionnettes sur l’eau du Vietnam sont présentées aux spectateurs de plusieurs pays à travers le monde. Le Théâtre des marionnettes sur l’eau du Vietnam et le Théâtre des marionnettes sur l’eau de Thang Long ont ainsi parcouru une centaine de pays sur la planète.

Le développement du secteur touristique, avec notamment l’intérêt des touristes étrangers pour les arts traditionnels a donné l’essor à cet art, notamment sur les scènes théâtrales. Un exemple, le Théâtre des marionnettes sur l’eau de Thang Long est devenu une adresse incontournable des touristes étrangers chaque fois qu’ils viennent à Hanoi. L’an passé, ce théâtre a reçu le certificat du «Seul et unique théâtre d’Asie à présenter des numéros de marionnettes sur eau les 365 jours de l’année», remis par l’Organisation des records d’Asie (ARO).

D’après le Pf.-Dr. Lê Thi Hoài Phuong : «Les touristes étrangers aiment cet art car il est unique au Vietnam. Ils sont fascinés par l’ingéniosité des figurines et la dextérité des marionnettistes». Le Vietnam espère ainsi avoir dans le futur un nouveau patrimoine culturel de l’humanité, ce qui permettra de donner davantage de vitalité à cet art traditionnel que sont les marionnettes sur l’eau.

Opposés par la guerre, ils se retrouvent 30 ans après

La photo d’une jeune combattante vietnamienne de petite taille, arme à la main, en train d’escorter un robuste pilote américain capturé lors d’un parachutage en 1965, a fait le tour de différents pays. Rencontre avec Nguyên Thi Kim Lai, l’un des deux personnages du cliché.

La maison de Nguyên Thi Kim Lai se situe dans une ramification de la rue Xuân Diêu de la ville de Hà Tinh (province du même nom du Centre) où elle vit avec sa fille. Âgée de 68 ans, cheveux poivre et sel, visage laissant transparaître l’honnête et la générosité, c’est elle qui, il y a 49 ans, lors des années de la guerre, a capturé vivant un pilote américain, sauté d’un avion en feu. Alors que Kim Lai est en train d’escorter ce prisonnier à l’allure de géant, elle a été prise en photo par le reporter-photographe de guerre Phan Thoan frappé par le contraste qui opposait les deux silhouettes. Le pilote américain Andrew Robinson, haut de 2,2 m et pesant 125 kg avance tête basse. Armée d’un AK équipé d’une baïonnette, Kim Lai marche, quant à elle, d’un pas assuré du haut de son mètre 48 et de ses 37 kg.


Chaque fois qu'elle parle d’Andrew Robinson, Kim Lai repense à la photo qu’elle a prise avec lui en 1995. Photo : TT/CVN

La photo noire et blanche a fait le tour de différents pays à l’occasion de nombreuses expositions et a connu une réputation retentissante si bien qu’elle a figuré sur des timbres. Elle fait aussi partie de la collection «Cent ans des chefs-d’œuvre de la photographie vietnamienne».

«J’ai tiré trois coups de feu en l'air»

La photo historique du reporter-photographe Phan Thoan. Photo : Archives/CVN Mme Kim Lai est née dans le district de Huong Khê de la province de Hà Tinh. Elle grandit durant la guerre. En 1965, la jeune fille de 19 ans décide de faire comme ses amis et de s’engager volontairement dans la milice locale d’autodéfense. Le 20 septembre 1965, toute la région de Huong Khê subit des bombardements de l’armée américaine. Mais l’armée vietnamienne parvient à toucher deux avions. Trois pilotes des avions en feu sautent en parachute et s’enfuient dans la forêt. Kim Lai et les autres ont pour mission d’aller les chercher et de les capturer.

«Vers 17h00 ce jour là, avec mes camarades, nous sommes allés au fin fond de la forêt. Lorsque j’ai entendu des bruits dans une caverne à proximité, je me suis approchée toute seule et j’ai vu un pilote accroupi. J'ai tiré immédiatement trois coups de feu en l'air. L’Américain, tremblant, s’est rendu», se souvient-elle. Kim Lai est alors chargée d’escorter le prisonnier, Andrew Robinson, au poste des autorités locales. En chemin, elle croise le reporter-photographe Phan Thoan qui immortalise la scène.

Un matin du mois de septembre 1995

Après des années de combat, Kim Lai est démobilisée en 1973 et rentre travailler dans un hôpital. Mariée et mère de trois enfants, le spectre de la guerre s’éloigne. Elle vit heureuse et ne pense pas une seconde qu’un jour elle pourrait revoir le pilote d’autrefois à Hà Tinh, sa terre natale.

La retrouvaille en 1995 à Hà Tinh.



Photo : Tuoitre/CVN

«C’était un matin du mois de septembre 1995, j’étais en train de jouer avec mes petits enfants chez le voisin, on m’a dit qu’il y avait des étrangers qui me cherchaient. Je rentre et voit un homme très grand que je reconnais immédiatement : c’est Andrew Robinson. Sans attendre que je le salue, il m’approche et m’embrasse», raconte Mme Kim Lai la voix pleine d’émotions.

Lors de cette rencontre, la Vietnamienne et l’Américain ont pu se remémorer le passé, mais aussi évoquer leur vie actuelle. «Andrew Robinson m’a dit qu’il a voulu revenir au Vietnam pour me retrouver mais ses difficultés financières ne lui permettaient pas de réaliser son projet», confie-t-elle. Pour l’Américain, il lui a fallu attendre 1995 que l’Agence de télévision japonaise NHK l’invite à revenir au Vietnam pour être le personnage du film documentaire Cuôc hôi ngô sau 30 nam (La retrouvaille après 30 ans).

Depuis cette rencontre avec Andrew Robinson, Mme Kim Lai n’a pas eu de nouvelles et souhaiterait pouvoir revoir encore une fois l’Américain.

Des documentaires vietnamiens seront projetés au Royaume-Uni

Le ministre de l'Information et de la Communication Nguyên Bac Son a remis mardi 29 avril à l'ambassade du Vietnam au Royaume-Uni 70 documentaires sur le Vietnam, lesquels ont pour fin d'être projetés auprès du public européen.

L'ambassadeur du Vietnam au Royaume-Uni, Vu Quang Minh, a déclaré que ces documentaires seraient présentés à la communauté vietnamienne à l'étranger ainsi qu'aux amis internationaux pour qu'ils puissent mieux comprendre le Vietnam, sa culture et ses politiques.


Les images des villages de métiers traditionnels du Vietnam seront présentés au Royaume-Uni. Photo : CTV/CVN

Les films, sous-titrés en anglais, traitent de nombreux thèmes comme les relations de partenariat stratégique Vietnam - Royaume-Uni, les eaux nationales du Vietnam, le gouvernement et l'Assemblée nationale, l'intégration et le développement du pays, des villages de l'artisanat traditionnel, des fêtes traditionnelles et la gastronomie.

Lors de la cérémonie marquant cet événement à l'ambassade, le ministre Nguyên Bac Son a insisté sur la politique conséquente du Vietnam qui est de considérer la communauté vietnamienne à l'étranger comme une partie intégrante de la nation. Et d'espérer que la diaspora vietnamienne au Royaume-Uni continuera de s'entraider et de préserver la culture traditionnelle du pays.

Le ministre a également saisi cette occasion pour présenter des photos sur la nature vietnamienne prises par ses soins à l'ambassade du Vietnam, et aux associations des Vietnamiens au Royaume-Uni.

Les deux visages de la campagne vietnamienne

La campagne vietnamienne est très connue pour ses rizières, ses villages paisibles entourés de denses massifs de bambou, ses troupeaux de buffles sur les chemins vicinaux. Aujourd’hui, une partie de sa physionomie a changé mais ces images d’Épinal demeurent dans la poésie.

J’ai le plaisir de recevoir en même temps deux cadeaux culturels : deux recueils de poèmes. Le premier, Thôn ca (Chansons rustiques), édition de luxe, gros volume de 800 pages, rassemble les œuvres complètes du poète de la vie rustique Doàn Van Cu (1913-2004). L’autre, intitulé Huong quê (Parfum champêtre) est un modeste cahier d’une trentaine de pages ronéotypées présentant des poèmes de paysans du village de Thanh Vân.

La lecture comparée de ces deux ouvrages nous permet de saisir la différence entre la campagne ancienne et la campagne nouvelle, entre le village traditionnel au temps de la colonisation française et le village évoluant depuis 70 ans, à partir de la Révolution d’Août 1945 qui a rendu l’indépendance au pays.


Buffles, petits pâtres et bambous, des images de la campagne vietnamienne. Photo : Nghê An/CVN

Mon regretté ami Doàn Van Cu était maître d’école à la campagne avant de devenir écrivain professionnel, après le succès de son recueil de poésies Thôn ca (1944). Je me rappelle toujours la visite que je lui ai faite à son village de Dô Quan dans la province de Nam Dinh, province au cœur du delta du fleuve Rouge. C’était vers la fin des années 1940, au début de la guerre de résistance contre la reconquête française du Vietnam. Nos forces populaires encerclaient la garnison française de la ville de Nam Dinh, la campagne environnante dont faisait partie Dô Quan était une zone libre.

Le charme suranné des villages traditionnels

Mon ami m’accueillit en barque, parce qu’en été, les rizières étaient inondées. Le maître d’école aux manières simples et affables était ravi de me faire sentir le charme suranné du village traditionnel, celui qu’il chante dans son recueil Thôn ca. Le village pour lui, c’est «quelques dizaines de paillotes», «une pagode hautement perchée» «le toit de la maison commune», «la haie de bambou protectrice», «une rivière claire tout autour», «un petit temple perdu», «les midis d’été emplis de sons de flûte aérienne qu’écoutent buffles et bœufs au repos, les talus verts émeraudes des rizières, les aboiements de chien à la tombée de la nuit, les cocoricos à l’aurore, le bruit de l’eau écopée au clair de lune, le remue-ménage pendant la moisson, les fêtes printanières sans fin».


Moisson du riz. Photo : Duy Khuong/VNA/CVN 

 Le charme désuet du marché du Têt

Parmi les poèmes de Doàn Van Cu, le marché du Têt est le plus célèbre. Il y décrit l’allégresse collective de tous les villageois à la veille du Nouvel An lunaire. En voici quelques strophes traduites par Pham Huy Thông :
 
«Sur le chemin qui ourle de blanc le rebord des collines verdoyantes,
Les gens des métairies par foules animées se rendent au marché du Nouvel An.
Ils s’en vont joyeusement en longues files sur l’herbe bleutée ;
Bambins en veste rouge qui trottinent, trottinent, 
Vieux, plus rares, qui, s’appuyant sur des bâtons, s’avancent le dos courbé,

Jeunes filles au cache-sein écarlate qui dérobent leurs lèvres pour sourire en silence,
Nourrissons cherchant à glisser leurs têtes près du cache sein maternel…
Deux villageois portant ensemble un cochon suspendu, courent en tête,
Avec un bœuf jaunes amusant à voir attaché à leurs pas.

… Acheteurs et vendeurs entrent et sortent et se pressent à la porte du marché.
Un buffle, dressé sur ses pattes, les yeux mi-clos, fait semblant de dormir 
Pour mieux écouter un client au verbe tonitruant.
Le vendeur d’estampes ployant sous le poids d’une paire de paniers.
Cherche un endroit bien bondé pour s’installer et étaler sa marchandise.
Un lettré s’arc-boutant l’échine sur une planche qui fait lit,
Frotte l’encre au creux de l’encrier et s’applique à calligraphier des poèmes en l’honneur du printemps.

Le vieux maître confucianiste s’arrête et, se lissant la barbiche, 
Lit à voix basse des sentences parallèles inscrites sur du papier rouge.
La vieille aubergiste qui tient boutique tout auprès d’un pagodon vétuste,
A les cheveux par l’eau du temps lavés d’une blancheur éclatante.
Un marchand d’objets du culte, la tête enserrée dans un turban marron,
Assis, remet en ordre un amas de lingots d’or votifs sur une natte.



Le marché du Têt à la campagne. Photo : CTV/CVN

Dans son recueil Thôn ca, Doàn Van Cu relate les travaux et les jours qui se succèdent au rythme des saisons, dans l’ambiance de la sérénité pastorale et de la communion familiale et communale. Il effleure les peines et souffrances des paysans de cette époque. Il préfère mettre dans l’ombre leur misère physique et morale et l’état arriéré de la campagne : rizières en miettes séparées par des talus très étroits, technique agricole millénaire, sentiers boueux, disette latente, obscurité complète pendant la nuit, paillotes délabrées, analphabétisme, oppression et exploitation féroces par des notables locaux et l’administration coloniale.

La vie paysanne au rythme des saisons

Tout cela a disparu depuis une dizaine d’années au village-coopérative de Thanh Vân, à une trentaine de kilomètres de Hanoi. Le recueil Huong quê, œuvre de ses paysans, en témoigne. Ses quelques quarante poèmes, au langage simple mais parfois émouvant par leur naïveté, parlent avec enthousiasme de la prospérité nouvellement acquise. Prenons par l’exemple ce poème de Pham Duy Manh :

«Le paddy dore toutes les maisons, Diguettes, sentiers et routes tous bétonnées Maisons en dur et à étages poussent sans arrêt La pauvreté s’en va, la richesse vient Les vieux paysans touchent leur retraite Les enfants étudient à qui mieux mieux Certains même vont à l’université L’honnêteté règne, plus de manœuvre illégale L’or du paddy a ouvert la porte du bonheur Aux familles et au village». L’homme qui tient la clé de cette porte est M. Thinh, principal dirigeant du village-coopérative de Thanh Vân. Il m’a beaucoup impressionné dès notre première rencontre. Dépassant le cap de la soixante-dix-septaine, il fait très jeune avec sa forte carrure, son teint basané, la vivacité de ses paroles et de ses gestes. La rizière à perte de vue constitue une image typique de la campagne vietnamienne.


Photo : Duy Khuong/VNA/CVN 

Thanh Vân, avec une population de 6.000 habitants, s’était fait depuis longtemps une réputation grâce à sa production du riz Bo Nâu destiné autrefois à la cuisine royale. Mais le riz nourrissait mal l’homme, le rendement était faible, les rizières étaient submergées tout l’été. Il y a même eu des morts d’inanition lors de la famine nationale de 1945. M. Dinh est un paysan pas comme les autres. Il voit loin et voit juste. Pour améliorer le sort de ses co-villageois, il fallait moderniser la riziculture. En premier lieu, restructurer la surface rizicole. Il a persuadé les paysans de rassembler les parcelles éparses pour constituer de vastes champs adaptés à la mécanisation.

Les conditions de vie s’améliorent

Les nouveaux champs quadrillés sont pourvus de routes d’enceintes et de routes intérieures bétonnées reliées aux routes nationales. L’argent pour la construction du réseau routier servant à la mécanisation et aux échangés commerciaux provient de la vente d’une partie des terres coomunales. Avec l’amélioration technique, la production de riz a augmenté en quantité et qualité, elle ne répond plus à la demande. Six pourcents des terres rizicoles de la coopérative sont distribués aux paysans individuellement pour la plantation d’arbres fruitiers et l’élevage plus rentables. C’est ainsi que sont apparues quelque cinquante fermiers ramassant chaque année des centaines de milliards de dông, possédant voitures et camions.


Un portique d'entrée et un arbre séculaire, des caractéristiques d'un village traditionnel du Vietnam. Photo : CTV/CVN

M. Dinh m’a dit en me quittant : «Maintenant que nous n’avons plus faim en matière de nourriture, il faut assouvir notre faim culturelle». Les traits caractéristiques du village traditionnel qu’évoquait Doàn Van Cu dans Chansons rustiques de 1944 ont presque tous disparus au village-coopérative de Thanh Vân de M. Dinh. Le visage de Thanh Vân a changé mais l’âme de l’ancien village demeure avec son émotion spirituelle : culte du Génie tutélaire de la commune, culte familial des ancêtres, attachement à la terre et à la communauté. La réussite de Thanh Vân est malheureusement assez exceptionnelle.

Depuis la Révolution d’Août 1945, les conditions de vie à la campagne se sont beaucoup améliorées. Plus de famine, même pendant les trente années de guerre. Certaines régions se sont enrichies. Mais, dans l’ensemble, comme l’a remarqué le fameux poète paysan Trân Dang Khoa, «les réformes du Dôi moi (Renouveau) de 1986, n’ont qu’un peu élevé le niveau de vie des paysans. Mais elles ne peuvent être une réussite que quand elles réussissent à améliorer la qualité de vie des déshérités de la société, les paysans. La misère sévit encore surtout dans les campagnes reculées. En tout temps, le paysan est malheureux comparé au citadin».

Marché de l’amour de Khâu Vai, entre passé et présent

Chaque année, au 27e jour du 3e mois lunaire, a lieu le marché de l’amour de Khâu Vai. Si auparavant, seuls les anciens amoureux s’y retrouvaient, maintenant on vient aussi y chercher sa moitié.

Le marché de l’amour de Khâu Vai ou Khau Vai, dans le district de Mèo Vac, province de Hà Giang (Nord-Ouest) existe depuis un siècle et tire son origine d’une histoire d’amour contrariée, selon les anciens. Jadis, un garçon d’ethnie Nùng et une fille Giay tombent amoureux. Mais le père de la fille n’accepte pas de laisser sa fille d’une grande beauté à un homme d’une autre ethnie.

Les amoureux décident alors de s’enfuir dans la forêt. Mais quand ils voient les deux tribus se déchirer, ils décident de se séparer, en se promettant de se donner rendez-vous une fois par an au 27e jour du 3e mois lunaire. À la mort du couple qui tombe aussi ce jour, le lieu et le jour de leur rencontre sont devenus le jour et l’endroit des retrouvailles des amoureux de toute la région.


Le marché de l’amour de Khâu Vai est le lieu de retrouvailles des anciens amoureux du district de Mèo Vac et des régions avoisinantes. Photo : Minh Tâm/VNA/CVN

Chaque année, les anciens amoureux des ethnies Nùng, Tày, San Chi, Lô Lô, Dao, Giay, H’Mông se réunissent ce jour. Seuls ou accompagnés de leur époux(se), ils viennent rencontrer leur(s) amour(s) de jeunesse et se rappeler les bons souvenirs du passé où, pour diverses raisons, ils ne sont pas allés jusqu’au mariage. Ce marché de l’amour est devenu aussi le rendez-vous des jeunes du district de Mèo Vac et des régions avoisinantes, qui viennent, eux, chercher leur moitié.

Un rendez-vous, une fête

D’aspect purement sentimental, le marché revêt une signification exceptionnelle dans la vie de ces montagnards. C’est pour cette raison que les autorités locales ont décidé d’organiser chaque année une Semaine culturelle et touristique qui encadre le jour de la tenue du marché. Selon le vice-président du Comité populaire du district de Mèo Vac, Trân Kim Ngoc, chef du comité d’organisation, l’événement vise à préserver la culture locale mais aussi à présenter l’image et la population de cette région.

De nombreuses réjouissances populaires sont prévues tels que jeux traditionnels, concours de beauté, combats de bœufs et de boucs, présentation de spécialités gastronomiques et produits touristiques locaux, etc.